D'étranges rêveries : Discographie

18 juin 2005

L'autre ... (1991)

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L’autre … est finalement sans doute l’album le plus noir, car le plus fermé sur lui-même, malgré le titre qui laissait présager une ouverture sur le monde … Contre toute attente, la tournée triomphante que fut celle de 1989 a totalement isolée Mylène dans une névrose déconcertante …

Les thèmes restent donc finalement les mêmes, mais ils ne sont même plus assumés par Mylène qui les transpose donc sur cet « autre » qui semble cependant bien n’être qu’un double d’elle-même … Les chansons sont dans cet album parmi les plus violentes de son répertoire … Elle a pris conscience qu’il n’y avait finalement pas d’autre issue que de vivre dans ce monde (« Il n’y a pas d’ailleurs », toujours adressé à cet autre mais elle note cependant que « Tu sais que ta vie c’est la mienne aussi » … étrange !) … Elle va donc réfléchir sur le monde auquel elle est condamnée et qu’elle condamne ainsi : la religion tout d’abord avec le violent « Agnus dei » qui reprend et blasphème une prière chrétienne tout en s’insurgeant des différents sacrements de cette religion qu’elle remanie à sa façon … « Psychiatric » aussi est une chanson particulièrement violente ou virulente, parsemée de cris d’une personne enfermée dans un asile psychiatrique, où elle scande ensuite « It’s easy this time to loose my mind » … C’est sa seule phrase de la chanson ! Une phrase brute, nette, qui arrive ainsi et qui ne cherche aucune solution, ni même aucune alternative ! Cet album est donc justement caractérisé par sa non recherche d’un mieux-être … « Ainsi soit-je … » le propulsait à une autre époque, « L’autre … » lui le laisse au présent, comme le confirme « Désenchantée », mais il n’en est pas moins désabusé !

D’ailleurs, certaines chansons sont pour moi, lorsque je les découvris, d’une violence si extrême qu’il fallait absolument que je les arrête (pensée pour « Psychiatric » et « Agnus Dei »). L’alliance Farmer/Boutonnat peut, par sa force, faire basculer à n’importe quel moment vers un état très instable … Ce voyage dans tout cet univers est donc riche mais peut aussi s’avérer périlleux … Et que dire ainsi de « Nous souviendrons nous » … Un texte désabusé qui trouve son écho en chacune des plus petites parcelles de notre conscience … « Beyond my control », lui, nous montre les excès de l’amour passionnel à son paroxysme … Le délicieux « Regrets » se languit d’un amour mort ou déçu … Les hommes aussi y prennent leur compte avec « Pas de doute » …

Le grand tournant que prit cet album vient plus de Laurent que de Mylène, avec un son clairement voulu variété, contrairement au son classieux d’ « Ainsi soit-je … » … Ce dernier pouvait être considéré comme un album gothique, « L’autre … » ne peut plus l’être, ce qui déstabilisa bon nombre de fans de la première heure … Mais c’était pourtant bien loin d’un autre tournant qui allait avoir lieu, avec le prochain album …

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Cendres de lune (1986)

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L’album Cendres de lune est sans doute l’album le plus typique de Laurent Boutonnat, plus que de Mylène Farmer, ou plus que de Mylène Gautier, puisqu’on peut se demander si finalement Mylène Farmer ne serait pas comme un nom de groupe de Laurent et de Mylène …

Il est l’album que je ressens comme le plus opaque et peut-être aussi le plus difficile d’accès … L’âge de ce disque y est cependant fort probablement pour beaucoup … Les synthés et autres rythmes très eighties l’enveloppent d’une pellicule assez épaisse qu’il faut savoir ôter pour découvrir le véritable bijou qu’est cet album …

Comme la plupart des premiers albums des chanteurs de qualité, ce premier album est particulièrement dense : il est l’album de vingt ans de vie, alors que les suivants ne sont le reflet que de quelques années de l’entre-deux albums …

Cendres de lune n’est dont pas forcément un album mélodique ou aussi abouti que les suivants, la maturité en moins, mais il est l’un des plus touchants … Le regard posé sur le monde et la société est comparable à celui d’une enfant qui découvrirait les vices du monde dans lequel elle vit … Avec « Chloé », elle découvre le mort, avec « Maman a tort », elle « aime les plaisirs impolis », avec « Libertine », les plaisirs de la luxure … L’écriture qui est ici celle de Laurent perce l’attention de l’auditeur par des mots qui choquent de leur impertinence dans la bouche d’une enfant ! Cet album est celui des décalages, des paradoxes, qu’elle poursuivra dans la suite de sa carrière …

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Ainsi soit-je ... (1988)

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L’album Cendres de lune se devait d’être un album fort et inédit … Ainsi soit-je … poursuit ce parcours, mais avec une meilleure maîtrise, due à la plume si particulière de Mylène … Cet album est l’album le plus représentatif de la Mylène « pré-Giorgino »  … Il est le fondateur du personnage qu’était le « Gentleman Farmer », personnage romantique puisque cet album l’est profondément au sens littéraire du terme … Il n’est plus le personnage psychotique et névrosé mais un personnage beaucoup plus subtil et incernable, mélange de mal-être et de perversité, vivant au milieu de ses auteurs de prédilections … Album d’un autre temps aussi … Tout droit sorti du XIXème siècle … Les thèmes sont ici ceux de Mylène plus que ceux de Laurent : on retrouve l’ambiguïté sexuelle (« Sans contrefaçon »), les idées doucement perverses avec « Pourvu qu’elles soient douces » (hymne à la sodomie, tout de même), mais aussi les idées noires et la mort, avec « Allan », « Jardin de Vienne » et « Ainsi soit-je … ». L’humour aussi, et l’autodérision avec « The Farmer’s conclusion » pour celle qu’on surnommait la ‘Vilaine Fermière’ …

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16 mai 2005

Avant que l'ombre (2005)

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1 – Une Mylène plus sereine

La première chose qui frappe à l’écoute de cet album, c’est celle d’une nouvelle Mylène, plus radieuse, plus épanouie … Non pas celle d’Anamorphosée qui était déjà plus tournée vers la vie, mais une toute nouvelle Mylène, inédite si je puis dire … Cet épanouissement passe d’ailleurs par sa voix, quasiment jamais retravaillée ou arrangée, ou étouffée comme dans les autres albums … La voix est assurée, Mylène l’explore avec entre autres son registre médium plus rare jusqu’à présent … Elle ne monte dans les aigus que quand l’occasion se présente … Pas de pathos trop facile … La voix est forte ou susurrée, assumée ou frêle, brisée … Qu’importe, Mylène s’assume enfin (et pour notre plus grand plaisir !)

Mais la grande différence de cet album est étrangement … l’amour ! Comme nous le savions, Mylène est amoureuse, mais cela se ressent plus que jamais, plus même que dans tout l’album dédié à ce sentiment amoureux : Innamoramento ! Heureuse (?), elle joue avec les mots au travers de « plaisirs sémantiques » (« QI ») … « Tous les maux sont les mêmes quand on aime, du pareil au blême ; aime la lie, l’anamour : quoi de mieux quand on saigne … Moi j’aime … les « Je » de l’amour qu’il pleuve ou qu’il vienne » … « Aime » est un bon exemple de cet album, mêlant mélodie efficace au texte épanoui …

Etrangement, cette plénitude retrouvée semble passer par la sexualité : beaucoup de chansons en effet traitent de ce sujet, et assez ouvertement d’ailleurs : « QI », « Porno Graphique » et encore « L’amour n’est rien » sont autant de chansons qui revendiquent clairement les bienfaits du plaisir charnel … « L’amour c’est rien quand tout est sexuellement correct : on s’ennuie bien, on crie avant pour que ça s’arrête … » ; « Moi sans la langue, sans sexe je m’exsangue » (« L’amour n’est rien ») … « QI » se passe également de commentaires (« Il sait la douceur de mes reins qui oscillent (…) J’aime ! ») … Quant à « Porno Graphique », il se révèle une superbe réussite : perversité ? Dépravation ? Art du corps plutôt : inventivité, art brut : Body Art … Œuvre subversive qui évoque sans détour ni romance cet acte sexuel qui n’a rien de poétique ou d’esthétique … « Et quand ma langue se délie, c’est l’éloquence de mes silence … Là sur ton orifice ami : je m’immisce dans ta pénombre et là je fais le tour du monde » ; « Je t’ai montré mon arrière train : mon céans … »

C’est d’ailleurs là que semble être la grande différence de cet album : Mylène Farmer semble laisser place à Mylène Gautier ! Le personnage intemporel et finalement plus crédible, risquant de devenir trop caricaturale, disparaît peu à peu au profit de la femme hédoniste qui vit au présent …

Ainsi, elle est présentée comme une femme qui accepte de se moquer d’elle-même, se déclarant « Obsédée du pire » (« L’amour n’est rien ») en référence à ses détracteurs qui ne la voient qu’en pauvre fille mal dans sa peau, criant haut et fort « qu’il n’y a pas d’porno chic » (« Porno Graphique ») tout en se prélassant en bas résilles sous l’objectif de Dominique Issermann ; jouant encore d’inflexion de voix sur « langue morte, non ! » (« QI ») …

De même pour les nombreuses références qui jalonnaient Innamoramento : cet album perd en référence mais devient plus personnel et gagne donc en fraîcheur ! Les quelques références sont Rodin et ses rondeurs (!) (« QI »), Dorothée et son « Hou la menteuse, elle est amoureuse ! » (« L’amour n’est rien », et Stone et Charden et leur « Besoin de rien : envie de toi » qui devient « Nulle autre n’a … l’envie de toi comme j’ai besoin de toi » (« Peut-être toi ») … Que de références hautement culturelles qui donne cette fraîcheur si typique (atypique) à cet album … Seule référence sérieuse, Virginia Woolf, célèbre romancière anglaise, évoquée par son prénom (« Dans les rues de Londres ») …

Quant aux obsessions, la plus fréquente est l’envie de vivre, enfin, et d’en profiter … : « Je remets ma vie à … un plus tard abandonné, pour simplement vivre, tenter d’atteindre une humanité » (« Dans les rues de Londres ») ; « Réussir sa vie quand d’autres l’ont meurtrie », « Retrouver une trace de soi », « Redonne-moi (…) le goût de vivre » (« Redonne-moi ») ; les paroles de « Derrière les fenêtres », qui évoquent ces personnes qui ne vivent pas : « Des vies longtemps se perdent » ; « Simplement être », « J’attends tout d’être », « ‘Vivre’ est ce qu’il y a de plus rare au monde » (« Tous ces combats ») ; « La vie n’est rien quand elle est tiède » (« L’amour n’est rien ») ; « Passer à côté de sa vie, se mentir des vies durant » (« J’attends ») …

Après tant d’années passées à explorer la mort et son chemin tortueux, Mylène se penche enfin sur son présent, qui n’est pour autant pas si simple : « La vie nous blesse, elle nous assèche » (« Tous ces combats ») …

2 – Les derniers instants heureux d’une quadragénaire épanouie

Avant que l’ombre … serait donc un album heureux ? Pas si sûr que ça … Elle semble se défendre de la responsabilité de ce bonheur, qui l’a envahie comme un viol, et qu’elle ne comprend pas : « Suis-je coupable ? Moi qui croyais mon âme sanctuaire impénétrable » (« Avant que l’ombre … »). Le titre et la chanson « Avant que l’ombre … » sont un excellent résumé de l’album … Il est d’ailleurs positionné en présentation de celui-ci … En effet, les difficultés de vivre sont loin (« Mémoire qui m’oublie, qui me fuit »), peut-être même oubliées … Elles ne sont plus que de vagues souvenirs de « nuits de veilles » interminables … Ainsi, à 43 ans, Mylène semble être au pic émotionnel et sexuel de sa vie … (« Je sais que j’aime … »). Ensuite ? Le déclin, inévitablement : l’ombre ! Les ravages de la vieillesse guettent, la déchéance physique, peut-être la maladie : l’ombre encore … « Avant que l’ombre, je sais, ne s’abatte à mes pieds pour voir l’autre côté, je sais que … je sais que … j’ai aimé ». La roue tourne … Cette ombre qui la ramènera à ses poètes maudits, à la morbidité, aux souffrances … Ainsi, pendant une dernière heure, et cela semble être le but de cet opus, alors que sa voix part dans un râle en écho jusqu’aux fonds des âges, sur (sous ?) une musique aux airs apocalyptiques, elle va partager avec l’auditeur ses derniers moments de joie de vivre, de jeunesse … en somme ses derniers instants de validité …

Un album beaucoup plus personnel donc, car elle s’autorise pour les dernières fois des libertés qu’elle ne pourra plus assumer seule … Cette joie de vivre se vérifie par l’écriture dernièrement de deux albums pour Alizée, aux textes plus enjoués et optimistes, quelle ne pouvait s’autoriser personnellement avec son image mystique d’Innamoramento et du Mylènium Tour sans décevoir le public … Elle semble donc vouloir utiliser cette source d’inspiration le plus possible (« J’ai puisé plus de lumière qu’il n’en faut pour voir »), la sachant périssable et déjà légèrement consumée … « Des lambeaux de terre me regardaient disparaître, et parmi les pierres, je vivais et j’espérais » (« Dans les Rues de Londres »).

Ainsi, une fois son album présenté par « Avant que l’ombre … », Mylène ose donc être elle-même pour jouir de tous les plaisirs (« QI » et « Porno Graphique ») … Elle ose aller au bout des choses au risque de choquer … Elle ose même parler de plaisirs plus personnels (« Aime »), évoquant les mois de mai, des souvenirs de Palerme, qui ne nous évoquent rien, mais qui semblent pour elle des références fondamentales …

S’en souvenir, une dernière fois …

Il ne faut pour autant pas croire que ce bonheur soit aussi simple qu’elle le voudrait : « On doit parfois retrouver une trace de soi » … (« Redonne-moi). Le fantôme de la psychanalyse arrive, accompagné de ceux du passé … Dans son bonheur inattendu, Mylène semble s’être perdue, sa liberté passe immanquablement par une crise d’identité … (comme la fin du clip de « Désenchantée » où les hommes sont libres mais n’ont nulle part où aller !) …

Mylène invoque même en cet album la spiritualité qu’elle semblait avoir trouvée au sein d’Anamorphosée et Innamoramento … Mais celle-ci se fissure, et se transforme en quête futile, illustrée par l’interprétation volontairement maniérée d’ « Ange, parle-moi » … Une recherche vaine, comme un appel dans le vide auquel ni la chanteuse ni l’auditeur ne croit …

… Mais l’album continue, et arrive vers sa fin … Avec « J’attends », Mylène semble attendre quelque chose (sans blague ?), quelque chose d’inévitable … Elle est « envahie par l’amour », mais attend tout de même quelque chose. Mais quoi ? Elle semble heureuse mais cette passion semble commencer à se diluer, à la lasser … Y avait-il une autres solution face à cet amour si violent ?

Qu’importe, elle poursuit avec « Peut-être toi » (l’histoire d’une rupture ?) adressée à un exemple, à son public, à l’homme présent … On ne sait … Il est question d’interrogations sur les sentiments, les menaces, les ruptures, les choix qui ponctuent une vie … Cependant, avec cette chanson, Mylène semble dépasser la limite qu’elle s’était fixée … Avec cette avant-dernière chanson, qui constitue un dernier espoir, un dernier moment où elle peut exploser sa joie, elle ose, après une hésitation, prononcer le mot … « bonheur » … C’est LE mot de trop de cet album, qui fera s’abattre sur elle des dizaines de « Shut up ! Shut up ! Shut up ! Fuck off ! », prononcés par des voix venus d’on ne sait où ? Voix de sa conscience, voix du public ? En tout cas, cela constituait le pas de trop, indélébile …

Arrive alors la dernière chanson, « Et pourtant » … ça y est … Les songes au goût de cauchemar réapparaissent peu à peu … « Quand les songes m’ont réveillée … », les premières douleurs aussi … Mylène ne veut que cet amour ne finisse, et cette fin est accompagnée de son incompréhension : « La (dans cet album) pourtant le jour s’est levé pour éclairer le monde, comme avant l’amour est onde d’innocent j’entrevoyais le chemin qui mène aux ombres … Et pourtant l’amour comble » se transforme finalement en « Et pourtant le jour s’est couché pour éteindre le monde, et pourtant l’amour est court d’innocent j’entrevoyais le chemin qui mène à l’ombre, et pourtant l’amour toujours » …

L’amour va bientôt finir, inévitablement, et signe la fin d’une période heureuse, qu’elle croit être la dernière … « L’improbable silhouette » s’avance, comme une menace, tel que l’avait annoncé « Avant que l’ombre … » : « Avant que l’ombre, gênée, ne s’abatte à mes pieds pour voir l’autre côté (…) je sais que j’ai (…) Jésus ! J’ai peur, Jésus ! Je meurs de brûler l’empreinte, mais laisser le passé redevenir le passé … ». On peut donc trouver en titre caché le résultat de cette ombre avec « Nobody knows », titre sublime qui referme l’album qu’ « Avant que l’ombre … » ouvrait … Rythmes froids, délires poétiques noirs : plus aucun doute, l’ombre est bel et bien arrivée quand cet album se termine …

L’ombre est donc arrivée selon la prédiction lancée au début de l’album, malgré les efforts de cette femme finalement résignée à laisser le destin, l’ombre, assombrir le chemin mortifère qui mène à elle … L’ombre c’est elle ; lui aussi, le désespoir qui revient pour la dernière fois faucher cette femme qui s’est discrètement confiée à nous …

Extraits :

Avant que l'ombre ... : (écoutez un extrait)

Dans les rues de Londres : (écoutez un extrait)

QI : (écoutez un extrait)

Redonne-moi : (écoutez un extrait)

Porno Graphique : (écoutez un extrait)

Derrière les fenêtres :  (écoutez un extrait)

Aime :  (écoutez un extrait)

Tous ces combats : (écoutez un extrait)

L'ange, parle-moi : (écoutez un extrait)

L'amour n'est rien : (écoutez un extrait)

J'attends : (écoutez un extrait)

Peut-être toi :  (écoutez un extrait)

Et pourtant :  (écoutez un extrait)

Titre BONUS : Nobody knows : (écoutez un extrait)

Toutes les paroles sont ici et il faut cliquer sur la catégorie "06 - Avant que l'ombre" pour les avoir toutes !

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24 février 2005

Innamoramento (1999)

Cet opus semble être l’album de la maturité … L’amour dans tous ces états : quel vaste sujet auquel elle consacre cet album … ! Mêlant l’apaisement d’Anamorphosée aux tourments des précédents albums, celui-ci est parfaitement calibré et la poésie est présente durant toute l’écoute, de L’amour naissant et son violent et inquiétant orage à Mylènium, mystique instrumental mélangeant les chœurs africains aux musiques tribales …

C’est selon moi avec cet album qu’elle est devenue la poète que j’aime … C’est d’ailleurs principalement avec ces titres que je l’ai découverte … pour ne plus jamais la quitter ! On retrouve les différentes références littéraires qui font de cet album un véritable labyrinthe …

Il est étonnant de remarquer que chaque fois que l’on s’enfonce un peu plus dans son univers, l’on découvre d’autres œuvres foisonnantes (Primo Lévi, Egon Schiele, Emily Dickinson, Alberoni pour ne citer qu’eux ...). Au risque de manquer de souffle, on replonge à chaque fois de nouveau mais tous ces univers périphériques enrichissent et permettent de faire respirer tous ces mondes parallèles afin de leur procurer une fraîcheur toujours intacte …

En effet, sous son apparence poétique, douce et légère, les textes de Mylène cachent une puissance incroyable, comme un souffle qui parviendrait à vous isoler sur un fil tendu et instable, qui vous isole du monde environnant et sur lequel ses respirations et ses mots produisent un vent qui pourrait à tout moment vous faire tomber, et peut-être d’un mauvais côté … Car il y a aussi tout une dimension psychédélique dans cet envoûtant univers Farmer, à condition de ne pas s’arrêter au pourpre velours qui recouvre chacune de ses œuvres ...

On retrouve ainsi derrière le posée de cet album toujours les mêmes thèmes, avec donc la sexualité (« L’Âme-Stram-Gram »), les tourments de « Pas le temps de vivre », « Serais-tu là », « Et si vieillir m’était conté » ; le monde de l’enfance avec « Dessine-moi un mouton » du Petit Prince, mais aussi des révélations comme dans « Optimistique-moi » et de superbes textes (et musiques, n’oublions pas Laurent !) tels « Je te rends ton amour » ou « Consentement » … On retrouve également la spiritualité retrouvée par « Anamorphosée » dans « Méfie-toi », avec ses nombreuses allusions bouddhistes …

Cet album marque donc un clair retour aux sources, mais sans pour autant replonger dans ses idées les plus noires … Mylène s’est ouvert mais n’a pas ainsi découvert QUE la sérénité … Elle a  découvert de nouveaux auteurs, elle a beaucoup voyagé aussi … Cet album est donc finalement un peu comme un carnet de voyages au sein de son univers … Allant et venant d’un pôle à l’autre, positif, puis négatif, s’inversant incessamment et créant ainsi les joyaux les plus purs par leur caractère unique et inimitable …

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Anamorphosée (1995)

 

1)     L'exil californien

Cet album transpire du désir de fuir, de cet exil californien de Mylène, après le douloureux échec que fut Giorgino.

L'album s'ouvre sur le délicieux California, qui officie de présentation de ce nouvel album, évoquant l'exil et l'évasion vers la Californie, la nécessité de partir … L'ambiance est aussitôt donnée par ce titre, mêlant l'anglais au français, les sons de gyrophares, de voitures, aux basses et aux percussions … Ce disque marque un véritable tournant dans la carrière de Mylène … Elle se dit elle-même « anamorphosée » … Mais le changement provient autant voire plus de Laurent Boutonnat qui signe les musiques de cet album, mais laisse la plupart des arrangements à des professionnels « made in USA » … La tendance est donc pop/rock, les meilleurs exemples étant les (déroutants) deux premiers singles extraits de cet album : XXL et L'instant X … Guitares saturées, textes plus légers … : Mylène frappe mais perd une partie des ses fans de la première heure … mais en conquiert de nouveaux, toujours plus nombreux …

Le meilleur ami de Mylène à l'époque (est-ce que cela a changé ?), Jeff Dahlgren (rôle-titre de Giorgino), a semble-t-il beaucoup apporté à cet album … Il y joue d'ailleurs en tant que guitariste … Il faisait plus tôt partie d'un groupe punk, et on peut donc facilement en conclure que la tonalité plus « rock » a sans doute été apportée par lui … Si ce n'est pas directement, on peut penser que Mylène s'est gorgée de musiques qu'il lui faisait écouter, et qu'elle a donc voulu intégrer ces nouveaux sons, cette tendance à son album …

On peut d'ailleurs noter que, pour la première fois, Mylène signe la composition (laborieuse ?) d'un titre : Tomber 7 fois.

Tout cet exil va donc également se caractériser par un rejet de ce qui avait été fait auparavant … Si ce n'est pas un rejet, c'est au moins une sensation de renouveau absolu, mais qui semble finalement ne plus lui correspondre … Les trois chansons les plus fortes à ce sujet sont Mylène s'en fout, Eaunanisme et Alice …

Alice nous présente Mylène face à sa feuille et son manque d'inspiration … ou plutôt, sa difficulté à retrouver ses tourments, pour les consigner, les développer … Elle utilise la métaphore de l'araignée comme symbole de ces troubles qu'elle recherche en vain à nouveau … « Comme tu me manques l'araignée ». On retrouve également la nécessité de fuir : « Dépressive l'artiste : exit, exit ! »

Mylène n'est plus elle-même, elle n'est plus cet être torturé même si elle recherche cet état qui lui apporta le succès, comme elle le dit dans Eaunanisme : « Je sais qu'elle marche sans savoir qui elle est, que c'est les jambes d'une autre qui la portaient ». On sent finalement comme un rejet de cet album, comme si elle ne l'assumait pas (on ne peut d'ailleurs, pour la première fois, pas voir sa tête sur la couverture de l'album !).

Ses rapports avec Laurent semblent aussi avoir évolués … On trouve d'ailleurs cette phrase dans les remerciements : « Merci à Laurent, toutes ces années parcourues … Si c'était à refaire, je referais ce chemin » … Elle regarde en arrière et veut le rassurer … On peut d'ailleurs trouver tout au long de cet album des phrases qui lui semblent précisément destinées : « J'irai lui dire que de l'homme elle s'est lassée » (Eaunanisme) ; « T'as plus de mystère », « Comme tu as changé », « Ta mode s'emmure », « Ta poésie a pris l'eau » (Mylène s'en fout) … Laurent n'est plus le même car si l'expérience Giorgino fut difficile pour Mylène, elle le fut beaucoup plus pour lui chez qui ce projet était sa vie … Il avait écrit le scénario en pas moins de dix ans …

Mylène dresse donc son état au sein de l'album, en cherchant à prendre ces erreurs et doutes d'un point de vue plus positif : « Si tu tombes sept fois : toujours se relever huit ! » …

 

2) En quête de spiritualité

Mylène a semble-t-il trouvé une voie à suivre grâce à la lecture du Livre tibétain de la vie et de la mort, de Sogyal Rinpoche qu'elle crédite d'ailleurs dans les remerciements : « Merci à Sogyal Rinpoche pour son très beau livre ». C'est la première fois, malgré toutes ses influences littéraires (Edgar Poe – elle va d'ailleurs à cette époque emmener son livre à son interview de Paul Amar sur Paris Première -, Baudelaire, Luc Dietrich …), qu'elle crédite un auteur : cela prouve l'intérêt qu'elle a pu éprouver pour lui …

Anamorphosée est donc un album plus spirituel … Les thèmes abordés sont plus légers ou au moins abordés d'une manière plus positive … Par exemple, Laisse le vent emporter tout traite clairement de la mort d'un proche, mais de façon détournée, en parlant des réactions de ceux qui restent plutôt que de la Mort ou de celui qui est parti.

« En voyant d'autres choses, d'autres gens, d'autres pays, j'ai enfin accepté la vie. Je suis moins hantée par la Mort. Je suis apaisée à l'idée qu'il y ait une vie après la mort. L'idée de la mort m'a longtemps attirée, impressionnée et oppressée. Aujourd'hui, je suis libérée de cette hantise. » se confiera-t-elle dans une interview …

La spiritualité bouddhiste, puisque c'est de celle-ci qu'il s'agit, est clairement présente dans plusieurs chansons dont Vertige : « Vois comme la vie est éphémère, comme les nuages : juste un passage ». On retrouve l'idée forte à cette religion selon laquelle chaque vie n'est qu'un instant par rapport à l'Eternité, mais nécessaire au bon déroulement de cet immensité : « Une goutte d'eau nécessaire au voyage ».

On retrouve également une autre valeur bouddhiste dans cette chanson, à mettre en parallèle avec Rêver, qui est que l'ignorance sépare les Hommes les uns des autres (« son ignorance est sa souffrance ») mais que seule la tolérance permet de s'unir et de s'apprivoiser (« Et d'avoir condamné vos différences » et « A force d'ignorer la tolérance » se concluent tous deux par « Nous ne marcherons plus ensemble ») …

 

3) Un reste de tourments guète …

Malgré tous les messages d'espoir que contient cet album, certains textes restent néanmoins particulièrement violents et fiévreux …

Le meilleur exemple est sans doute Comme j'ai mal : pour la première fois, elle assume le « Je » et revendique le droit de partir (décidément !) … mais ici probablement vers le suicide … ! Il semblerait bien, oui, car malgré les mots couverts, comme à l'accoutumée, certaines expressions font bel et bien penser à la fuite de la vie … « Je pars à mille saisons, mille étoiles », « Je ne verrai plus comme j'ai mal, je ne saurai plus comme j'ai mal : je serai l'eau des nuages », « Je m'éloigne du monde brutal » … Cependant, grâce au bouddhisme qu'elle a longuement médité (voir 2).), ce suicide est défini non pas comme une fin mais comme un prolongement nouveau, inespéré, une nouvelle chance : « A tous vents je prends un nouveau départ … »

De la même façon, on pourrait mettre en rapport L'instant X avec Je t'aime mélancolie de par leur égal cynisme … Loin de ses doutes métaphysiques, la chanteuse offre sa vision d'une mauvaise journée … ce qui nous offre finalement un texte plein d'humour par son ton franc et loin des subtilités du genre : « J'ai un teint de poubelle », « L'an 2000 sera spirituel : c'est écrit dans ELLE », « Mon chat qui se défenestre » … Ainsi, comme l'avait été Je t'aime mélancolie, cet titre semble être un véritable pied de nez adressé à ses principaux détracteurs : la presse ! Elle y grossit le trait et fait preuve d'autodérision …

Mylène semble aussi ne pas vouloir déroger à la règle de LA chanson coquine de l'album (Libertine sur Cendres de Lune, Pourvu qu'elles soient douces pour Ainsi soit-je …, Pas de doute sur L'autre …) mais n'accorde qu'un refrain, les couplets étant plus sérieux … c'est bien sûr Eaunanisme, sur une mélodie langoureuse et alléchante … Oui c'est bien le mot : alléchante ! Mylène y décrit l'acte sexuel et semble-t-il une fellation : « Et coule cette écume de ma bouche … » Rappelons également que le terme « onanisme » est un synonyme de « masturbation » … Mais comme à chaque fois, ce refrain possède plusieurs grilles d'interprétations … Elle utilise les symboles du marin ayant trouvé sa terre promise : « Mets l'ancre, l'ancre en moi … »

Mylène semble donc vouloir rendre cet opus sien en y intégrant des références à son œuvre mais ne se satisfait apparemment pas …

 

 

Mylène a donc su rester elle-même avec cet album, malgré ses doutes et cet exil … Cet opus pourrait se détacher cependant de sa discographie par sa tonalité et ses arrangements résolument plus rocks mais les textes restent personnels, alambiqués et son écriture a mûri grâce à cet exil … Mylène a trouvé un apaisement (provisoire ?) grâce à bouddhisme mais certaines idées continuent de la hanter …

Cependant, cet album a beaucoup décontenancé les fans de la première heure, ne retrouvant plus celle qui incarnait le « gentleman Farmer » … D'autres la découvrent et adhèrent à ce nouvel album qui confirme l'étendue du talent des deux acolytes, prouvant qu'ils savent changer de registre …

Quoiqu'il en soit, Mylène ne devait-elle pas relever un peu la tête de l'eau pour reprendre un peu son souffle avant de se noyer … ? Cet album semble être cette grande respiration d'air pur, au sein de son monde qui reste néanmoins bien désenchanté …

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23 février 2005

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